Littérature

514sbVKFS-L__SX195_Evelyne Lagardet, La Maison Rozenbaum, Plon 2018.

            C’est un roman et à ce titre « a girl meets a boy » ou plutôt « a girl met a boy » il y a cinquante ans. C’est un conte philosophique et à ce titre il contient tout ce qui fait la valeur universelle d’un récit dans lequel le lecteur reconnaît des situations qu’il a vécues, qu’il vit ou qu’il vivra.

Sarah a travaillé, elle fut professeur de philosophie et le reste jusqu’au fond de l’âme. Elle aime, depuis 50 ans, Albert, comme elle, rescapé des camps. Mais elle n’est pas mariée à Albert avec lequel elle vit depuis la mort, précoce, de son mari dont elle eut deux fils. Un diagnostic de la maladie d’Alzheimer à peine posé, les deux fils vendent l’appartement de leur mère, en expulsant Albert au passage, et font des pieds et des mains pour « placer » leur mère dans une maison de retraite cossue, accueillant majoritairement d’anciens déportés. « Tu vas y être très bien » disent-ils à leur mère. On connaît la chanson. Ils ne sont pas vraiment mauvais ces deux fils . Ils se sont simplement persuadés, avec ce qu’il faut de mauvaise foi teintée de réalisme, que c’est la meilleure solution pour leur mère … et pour eux.

Voilà donc Sarah installée dans la Maison Rozenbaum. Albert s’y fait aussi « interné », mais pas dans la m^me chambre puisque « rien » par rapport à Sarah, n’étant pas marié. Le drapeau sans couleur d’ Alzheimer n’est pas encore totalement planté sur le cerveau de Sarah. Elle a encore de la ressource et sait encore ce que c’est que la liberté. Elle va se battre, ils vont se battre pour la recouvrer.

Evelyne Lagardet distille, avec un bel art de la narration, toutes les composantes d’une telle situation : révolte, recherche de complices bienveillants, complot, maltraitance, plan d’évasion. Nous avons là les éléments des contes : un méfait initial, des épreuves, des trahisons, des héros, des méchants, des alliés, des aventures. Seulement ce conte est aussi une réalité que nous connaissons tous dès lors que nous nous « occupons » des vieux ou que nous soyons vieux nous-m^mes ou en passe de le devenir.

Je n’en dis pas plus pour ne pas « spoiler » l’histoire. Lisez La Maison Rozenbaum vous y mesurerez la force de l’amour, la puissance de la volonté et la nécessité de la liberté. Jusqu’au bout de la vie.

Brigitte Evano.